REFLEXIONS ET SYNTHESE AUTOUR DE LA CONFERENCE-DEBAT DU 3 DECEMBRE

« Pas de progrès social sans laïcité »
dimanche 13 décembre 2015
par  webmestre
popularité : 38%

1. Rappel du contexte

Beaucoup d’incertitudes ont plané sur la tenue de la conférence-débat du 3 décembre. Ce fut un combat difficile. Nous avons été calomniés par une large composante de la classe politique dionysienne et certaines associations locales.
La fréquentation soudainement importante du site de l’Observatoire après le 27 mai, les débats qui ont eu lieu sur le blog de Saint-Denis ma ville et la position du JSD dans le combat que nous avions mené, témoignent de la réaction salutaire des Dionysien(ne)s aux atteintes à la liberté d’expression. Cette mobilisation a jeté le discrédit sur les associations et partis qui ont tout fait pour minimiser les atteintes aux libertés d’expression et de réunion. Elle a mis aussi en lumière les confusions politiques autour de la laïcité et la sous-estimation du danger de l’islamisme politique.
Cette solidarité citoyenne a en même temps nourri notre détermination à reprogrammer la conférence-débat avec Guylain Chevrier et permis de remettre à l’ordre du jour la laïcité dans la ville.
Ne pas la tenir aurait signé la fin de l’OLSD. L’avoir tenue a été un choix stratégique juste qui permet à l’OLSD d’avoir une place incontournable dans la ville.

2. Les participants

La conférence du 3 décembre a été un franc succès avec une centaine de participants venus majoritairement de Saint-Denis, mais aussi de Saint-Ouen, Sevran, Gagny, Gonesse, Paris,….
Malgré le communiqué du 30 novembre de "Ensemble" du FG la dénonçant comme un rendez-vous de « réactionnaires » et « d’islamophobes », malgré le climat post-attentat et la campagne électorale des régionales, des Dionysien(ne)s dont des lecteurs et contributeurs du blog Saint-Denis Ma ville, des militantes féministes de différentes associations (Brigades des mères, Femmes Solidaires, Regards de Femmes, Ligue Internationale des Femmes,…) des militants de partis (PS, PC, MRC, les verts, NPA,..) ont bravé le climat de tension pour y assister. Il est toutefois regrettable qu’une seule élue de la municipalité ait assisté à l’intégralité de la rencontre.
La conférence s’est déroulée dans de bonnes conditions et dans une atmosphère empreinte de sérénité. Les trois intervenants, Gilbert Abergel, Jean-François Chalot et Guylain Chevrier, par leurs qualités complémentaires, se sont distingués par une maîtrise remarquable du sujet et une connaissance réelle du terrain social. Le premier, au nom du Comité Laïcité République, a rappelé l’importance des textes fondateurs de la République et de la laïcité. Le deuxième, vice-président du CNAFAL, a fait part de sa pratique d’élu et de militant associatif laïque au cœur des quartiers populaires. L’intervention de Guylain Chevrier a permis de replacer la question laïque dans l’histoire et de démontrer le lien indéfectible entre les droits sociaux et la laïcité. Ce qui a suscité un débat de qualité et permis en même temps de comprendre que la laïcité est le meilleur rempart contre les atteintes aux droits des femmes.

3. Le débat

Ce débat a réuni des partisans convaincus de la laïcité dont certains témoignages ont été très poignants. Quelques opposants se sont exprimés, comme le président de l’association La Voix des Rroms, qui a défendu le modèle raciste de société prôné par le PIR. Mais ce qui est frappant c’est que des femmes et des hommes ont parlé à visage découvert. Un état des lieux alarmant a été dressé par les participants. Une des interventions qui a retenu l’attention de la salle fut celle de cette femme qui mit l’accent sur la dégradation générale de la vie sociale et culturelle de la ville et décrivit avec force détails la mort d’un jeune assassiné en 2009 dans une affaire de rivalité entre bandes. Le « religieux » est devenu si important que l’imam a été appelé d’urgence pour éteindre le feu. Comment est-ce possible dans une République laïque ?
Petit à petit, dit-elle, un trafic insidieux s’est étendu dans la ville. Alertées, des équipes du Théâtre Gérard Philipe s’étaient constituées en brigades pour tenter de récupérer des jeunes qui avaient sombré dans la délinquance. Peine perdue, d’autres intérêts que la culture avaient poussé comme du chiendent sur ces territoires gangrenés par le trafic des stupéfiants. Des caïds, d’anciens « grands frères » peut-être, décidés à exercer leurs lois dans les quartiers avaient miné le terrain social en y faisant prospérer des activités lucratives souterraines et en étouffant toute activité culturelle. « On a voulu former des animateurs sociaux. On en a fait des chefs de bande ! » s’exclame JF Chalot.
Débordés par des troubles de plus en plus importants, les autorités ont cru bien faire en gérant la ville par la paix sociale et l’intrusion du religieux dans l’espace public. Force est de constater aujourd’hui que le vivre-ensemble est impossible sans les lois de la République.
S’il y a bien un mot que j’aime, c’est l’universalisme ! s’exclame un participant. Nous devrions réfléchir sur les méthodes d’abattage des animaux. Est-ce que l’égorgement est la voie la mieux indiquée pour sacrifier les animaux ? Peut-être est-il grand temps d’interroger la science pour y répondre de façon pertinente ?
La question du ramadan a aussi été abordée. Une question récurrente se pose : Est-ce que celui-ci est compatible avec les impératifs de l’apprentissage à l’école ?
Sous couvert de soutien scolaire, des associations prétendument culturelles formatent les enfants dans un logiciel antirépublicain et programment les filles à la soumission. Pour mettre fin à ces pratiques obscurantistes, les pouvoirs publics doivent de façon urgente réfléchir à la mise en route d’un enseignement laïque de la langue arabe.
« Il y a aujourd’hui en France des micro Etats islamiques... La France est en danger ! La République est en danger ! » Ces quelques mots, lourds de sens, ne suscitent aucune désapprobation parmi le public. Bien au contraire, les témoignages affluent pour confirmer les attaques au quotidien contre la laïcité vécues avec douleur par les habitants de Saint-Denis et d’autres villes franciliennes.
C’est plus spécifiquement la progression de l’islamisme politique qui est pointée du doigt. Ici, une dame s’émeut que les non-musulmans soient interdits d’entrée dans l’espace jeunesse du quartier Saint-Rémy. Là, une autre participante s’étonne de la présence du voile intégral dans les rues de la ville et dénonce l’inertie de la mairie. D’une manière générale, le laxisme face à la montée du communautarisme, est fustigé. Deux intervenants dénoncent même un adjoint au maire qui, sur son blog, dresse les communautés les unes contre les autres, associant « laïcard » et « islamophobe ». Nous ne laisserons pas passer ce courant qui frappe le cœur même de la République : la laïcité
Une dame de Sevran a lancé un véritable SOS. Les femmes, dit-elle sont aujourd’hui victimes de religieux fanatiques dans des villes tenues par la gauche. Elle s’indigne que des mairies soient désormais complices des salafistes. Elle cite l’exemple d’une salle municipale réservée gratuitement aux salafistes qui rompent le jeûne pendant le mois du Ramadan. Elle conclut : « nous sommes en danger de mort à cause de ces politiques On veut nous livrer « comme des proies aux islamistes » ».
Un intervenant saisit la balle au bond : « Il y a une sous-estimation de la situation en France ». Et de souligner que la misère sociale n’explique en rien le phénomène de l’islamisme. Il lance un appel à l’unité de tous les laïques que s’empresse de reprendre Gilbert Abergel, du Comité Laïcité République. Ce dernier rappelle que le combat pour la laïcité s’est heurté à de nombreux obstacles au cours de son histoire et devra redoubler d’efforts pour triompher.
En guise de point final à cette soirée aussi grave qu’exaltante, Guylain Chevrier rappelle à la tribune que toutes les religions traduisent une représentation patriarcale du monde, rejoignant ainsi une dame du public qui - un peu plus tôt - avait observé avec justesse : « dans toutes les religions, ce sont les hommes qui commandent... ».
Un point important a été aussi abordé au cours de ce débat : le multiculturalisme et l’interculturalité. Par des exemples concrets Guylain Chevrier a démontré comment le projet de société multiculturaliste n’abolit pas les inégalités et les discriminations, mais enferme les individus dans l’ordre communautaire et/ou religieux. Au sein des sociétés anglo-saxonnes, ce modèle politique a engendré la destruction des forces sociales. « L’interculturalité » reprend à son compte les thèses du projet multiculturaliste et s’inscrit dans une vision anti-républicaine dont le but essentiel de remettre en cause le principe de laïcité. Communautarisme des combats identitaires contre universalisme des luttes sociales et antiracistes.

4. Quelques enseignements !

La tenue de notre conférence est d’abord et avant tout la victoire de la liberté d’expression et du courage politique. Une chape de plomb a été enfin brisée ! La parole s’est enfin libérée ! Les questions ont permis au cours du débat de préciser certaines approches et des témoignages précis, argumentés et souvent poignants ont mis des mots sur des réalités inquiétantes de nos villes de Seine-Saint-Denis.
Le fait saillant aussi de cette soirée est que la voix des laïques est sortie grandie. Notre cohésion s’est consolidée, nous avons accru notre audience et nous nous sommes renforcés. Nous avons enregistré de nouvelles adhésions ! Nous sommes sortis de l’isolement au plan local et avons commencé à faire entendre notre voix au delà des murs de Saint-Denis. Mais gardons-nous de tout triomphalisme ! Le chemin est encore long, très long à parcourir ! Développons la promotion des vertus de la laïcité et passons à l’action !